Les désarrois de Joseph...

Publié le par Pierrou

Joseph est chef d'entreprise, mais Joseph a beaucoup d'ennuis ces temps-ci.

Cadre dans une grosse boîte de renommée internationale, fondée il y encore plus longtemps que les biscuits LU, Joseph a été appelé aux fonctions de président-directeur-général au printemps 2005 pour faire suite à un PDG charismatique mais hélas décédé dans des circonstances aussi banales que dramatiques.

Joseph était déjà un peu vieillissant quand il a accepté le poste. S'il s'était écouté, il serait bien resté tranquillement à officier dans une structure de coaching pour recruter des clients pour sa boîte, mais bon, ce genre de postes c'est le genre de choses qui ne se refuse pas, parait-il, alors il a dit oui quoi. Le logement de fonction, notamment, en plein coeur de Rome, en valait la peine .

Seulement c'est pas facile de passer après les grands gestionnaires et Joseph, depuis un mois, il perd un peu les pédales et enchaîne un peu les gaffes.

Cela dit, je voudrais vous y voir, hein... C'est pas facile de redresser une entreprise vieille de plusieurs millénaires qui se casse la gueule à vitesse grand V depuis des décennies. Aujourd'hui, les produits proposés par la boîte sont  terriblement passés de mode, et plus personne ne s'y intéresse.

Alors bon, quand il arrive aux commandes, Joseph, un peu lassé de se voir déjà relégué dans l'ombre de son prédécesseur, décide de reprendre les choses en main, nom de Dieu !
Fini de transiger avec les boîtes concurrentes, on est pas des vendeurs de téléphone bordel, alors si Moshe Inc, Abraham and Sons ( les deux ayant leur siège social à Jérusalem, ce qui pose nombre de conflits d'intérêts dont l'énumération serait encore plus longue et fastidieuse que la lecture du 'Capital' ) et le conglomérat Luther/Calvin and co continuent à nous bouffer nos marchés, il f'rait beau voir à voir !


Du coup, comme Joseph veut trancher avec l'ancien patron ( signalons ici que Joseph, comme ceux avant-lui, n'est pas vraiment maître chez lui. Il est l'exécutant d'un commanditaire plus élevé, possédant 100% des parts de l'entreprise, que personne n'a jamais vu cependant, mais qui a l'air de flanquer une frousse pas possible à tout le monde... ), il décide de rappeler à leurs fonctions d'anciens salariés de l'entreprise licenciés à cause de techniques trop agressives...

Ainsi du directeur marketing Williamson ( un vrai nom à fabriquer des rasoirs, çui-là... ), viré parce qu'ayant affirmé qu'on avait pas de preuves que les douches des usines disséminées un peu partout par les Nazis dans les années 40 ne servaient pas à la toilette des employés* 

Or voici donc que partout de par le monde, l'on s'émeut, l'on se cabre, l'on monte sur ses grands chevaux... Même parmi les clients, dis donc ! 

Les employés et cadres de la boîte, c'est autre chose: disposant d'un esprit d'entreprise remarquable, ils ne s'élèvent jamais contre les décisions du Boss, ou alors à toute petite voix ( ce qui, de toute façon, ne s'entend pas dans les grandes pièces du siège social de la Maison ).


Un peu plus tard, et alors que cette affaire là vient juste de retomber, Joseph, qui est d'esprit taquin ( et un peu susceptible également ) et qui vient d'apprendre que, quelque part au Mexique, une jeune cliente de la boîte a fait indûment éjecter non pas un, mais deux Polichinelles de son tiroir, sous prétexte que c'est par les soins de son père qu'ils étaient arrivés là.
Or, dans la boîte de Joseph, on ne rigole pas avec les clients qui ne respectent pas le contrat de licence de l'entreprise, alors voilà t'y pas qu'il décide, puisque mademoiselle n'en fait qu'à sa tête, d'interdire à la gamine l'accès à tous les magasins, concessions et succursales de l'entreprise.
De toute façon, dans ces foutus pays, les clients ne filent jamais de pourboire pendant les thérapies de groupe, alors Joseph voyait pas pourquoi il aurait du s'emmerder ( puisque de toute façon c'est lui qui décide ).

Eh bien non ! Encore une fois, voilà que les associations de clients et, même les cadres dirigeants de la boîte ( pas très fort, toujours, et avec bien des périphrases ) recommencent à lui chier des crucifix ( on aime pas trop les pendules, chez Joseph ), sous prétexte que, pour une fois, on aurait pu faire une exception à la charte de l'entreprise quand même, soyons humains et compatissants quoi.

Décidément, Jospeh, c'était pas sa période, ces temps-ci. Et plus il est contrarié, plus il est susceptible, et plus il a du mal à contenir ses plus basses pulsions de management rétrograde** ( que certaines mauvaises langues disent héritées d'une expérience en camp d'éclaireurs scouts avec un congrégation n'arborant pas une croix chrétienne, mais gammée... Comme quoi l'on peut être éclaireur et obscurantiste à la fois  ), voici que, parti visiter les plus crasseux workshops de sa multinationale sur le continent Africain ( conquis par nombre de petites OPA sur les petites PME concurrentes locales au XVIII et XIXe ) il se fend de la saillie ( c'est le cas de le dire ) suivante:

"Le préservatif seul ne peut résoudre le problème du sida, au contraire, il l'aggrave..."

Aussitôt après avoir prononcé la phrase, Joseph s'est mordu la langue. Il savait qu'il aurait une fois encore gagné à se taire, mais c'est plus fort que lui et après tout, il est infaillible, on va quand même pas continuer à lui chercher des poux sous la soutane, quoi !
Oui parce que figurez vous que, alors que la Boite était bien tranquille sous les moites chaleurs de l'Afrique depuis quelques temps ( le sauvage Africain-qu'il-est-quand-même-pas-comme-nous étant un client assez crédule et facile à rendre dépendant des produits de la Compagnie, n'est-ce pas... ), ces rustres à la peau d'ébène sont fauchés par une épidémie ravageuse qu'ils se transmettent soit en se laissant sucer par des moustiques, ou par leurs congénères...

Evidemment, la Compagnie, après avoir pesé le pour et le contre et ayant jugé qu'il serait mauvais pour son image comme pour sa clientèle de laisser se développer ce fléau, a plus ou moins pris les choses en main.
Seulement, chez Joseph, on fait ça dans les règles. Pas de cul, ou alors sans la bouche, sans les mains, les yeux fermés et dans le noir ( on se comprend, évidemment )... Et de toute façon, Joseph il le sait bien lui, que ces sauvages ne sont pas foutu de l'enfiler, le préservatif... Lui non plus du reste. Alors pourquoi est-ce que les autres pourraient s'envoyer en l'air sans danger quand il n'en a pas le droit, lui ?

Merde, quoi ! Et tout le monde qui revient l'emmerder encore, et les cadres de la boîte qui commencent à grogner un peu plus fort encore...
En plus il peut même pas démissionner, ce serait mal vu. Va falloir qu'il tienne jusqu'à ce qu'il passe l'arme à gauche.


Pas facile, la vie de chef d'entreprise en cette période de crise. Espérons que les plans de relance pourront quelque chose pour Joseph. Il serait dommage qu'une entreprise d'une telle envergure se casse la gueule faute de clients...

Non ?






* Ici, on m'ôtera d'ailleurs pas de l'idée que, de la part d'un type qui bosse pour un patron que personne n'a jamais vu, aller chipoter sur des preuves témoigne d'un culot assez impressionnant. 


** Cela dit, il faut bien comprendre la situation dans laquelle se trouve Joseph... Depuis deux millénaires qu'on promet aux cadres de la boîte, comme à ses clients qu'une fois à la retraite, ils iront s'installer tout là haut à la droite du patron, les places qui restent se trouvent vachement à droite...  
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K
Ah oui, c'est à ce point... <br /> Bon, alors je vais attendre bien sagement comme il faut... mais t'as intérêt à me raconter ça !! ;-)
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K
Quoi, quoi, quoi ?? Racooooonte !!!!
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P
<br /> Je viens de dire que c'était honteux... Tu crois quand même pas que je vais te déballer mon sac ici au vu et su d'au moins... trois personnes, nan ? <br /> <br /> Par mail à la limite, ou un autre jour, de toute façon tu te moquerais ^^  <br /> <br /> <br />
K
Oh nooon, tu me fais trop rire toi...<br /> Alors que dirais-tu, pour relancer la boîte, de rameuter un nouveau public en lançant une saga style James Bond version Vatican, avec notre cher ami pour héros (nom de code B16) ?<br /> Au moins, une chose est sûre, je serais tranquille, il risque pas de venir à Bregenz, ça a déjà été fait !!! ;-)
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P
<br /> Euh... Tu me fais peur là, toi... Si tu savais comment, à un chiffre près, tu es toute proche d'une honteuse vérité... <br /> <br /> <br /> Enfin, je te raconterai ça, un jour... Si t'es sage ^^  <br /> <br /> <br />