Et ta tour, dis voir ? ( une conférence du Prof. Burp )

Publié le par Pierrou

Dans le cadre de notre cycle de conférences sur le mouvement social en France, voici à nouveau une petite causerie par le professeur Burp, anhtropologue, sémiologiste, politologue, sociologue et désagrégé d'histoire contemporaine, enseignant à la faculté de la Soeur-Bonne de Choisy le Roy / Bourg-Larenne. Professeur, c'est à vous:







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Chers amis, camarades, coreligionnaires, chers collègues et bande de moules !

Tout d'abord, merci d'être venus si nombreux ( cinq, c'est un record, vous laisserez vos noms à la secrétaire en partant ) à la conférence du jour. Aujourd'hui, nous poursuivrons l'analyse du mouvement social amorcé le 29 janvier ( "Ce n'est qu'un début, continuons le combat, etc" ) avec aujourd'hui une analyse plus en profondeur des conséquences, tenants, aboutissants et, si le temps le permet, guide de préparation du jambon beurre traditionnelle distribué avec le verre de rosé sur les cariolles CGTistes.

Le plan de la leçon est au rétroprojecteur, n'oubliez pas de le noter.

Tout d'abord, et dans le cas de mes recherches post-thèse en vue d'un ouvrage qui je l'espère sera publié prochainement aux POUFFES ( Presses Ouvertement Usurpatrices des Facultés Françaises pour l'Economie et le Social ), je me suis rendu, car je ne recule devant rien, à une Assemblée Générale dans une université dont je tairai le nom.
Il y avait là, massés sur les bancs d'un amphithéâtre style néo-miterrandien  ( comprenez, second mandat ) un nombre assez importants d'étudiants de divers horizons et spécialités, le tout dominé par les silhouettes pleine d'une décontraction prête à bondir des apparatchiks les plus révolutionnaires du campus, sentinelles d'airain à la vigilance à peine ébranlée par l'ingestion de quelques bouffées de cannabis plus tôt dans la matinée.
Massés autour de l'estrade ( déformation professionnelle sûrement ) se trouvaient, chose plus rare, tout un aéropage d'enseignants apparemment peu à l'aise face à cette meute qui, pour une fois, semblait prête à s'ouvrir à la possibilité d'avoir l'outrecuidance d'envisager une hypothétique contestation de leur point de vue.
Quoi qu'il en soit, un petit monsieur, bien mis, genre petit rond de cuir grisâtre et graisseux, présentait différents points des réformes en cours sur un rétroprojecteur du même type de celui qui me sert aujourd'hui pour cette conférence. Il était donc question de la réforme des concours menant à l'enseignement secondaire et primaire, ainsi que de celle du statut des enseignants-chercheurs, la seconde plus que la première expliquant la présence des individus susmentionnés sur l'estrade.

Car voyez-vous, c'est un signe de la gravité de la situation que la mobilisation de cette caste de mandarins que sont les élites enseignantes de l'université. Tels des enchanteurs absorbés dans la contemplation la plus ésotériquement méditative, il faut que les hordes droitières les plus hostiles, brandissant sous couvert de modernité l'étendard de la décapitation de cette honteuse perte de temps qu'est la recherche universitaire soient au pied de leur tour d'ivoire pour que, attirés par le bruit et la lueur des torches, ils daignent se pencher quelque peu du haut du balcon et embrasser d'un regard aussi étonné que naïf ce monde qui, dans toute sa misère, s'étale devant eux.

Ainsi, plus ou moins reconnectés, les voilà prêts à se joindre timidement aux hordes bruyantes de leurs disciples avec qui ils se trouvent un intérêt commun. 
Ici, une petite digression pour attirer l'attention sur...

Dites voir, Mercadier, ça vous emmerde ce que je raconte ? Hmmm ? Bon, eh bien je vous prierai de ranger votre iPhone, c'est pas un tripot ici... Petit cons...

Je reprend donc, pour Mercadier*... 
J'attire ici votre attention sur quelques saillies cocasses venus des deux camps en présence, temporairement alliés de plus ou moins bonne grâce, et dont vous jugerez du caractère croustillant, ou pathétique.

Mais tout d'abord ( ce retour en arrière bouleversant temporairement le plan du cours, m'enfin démerdez-vous ), rappelons succintement que la réforme du statut des enseignants-chercheurs vise à évaluer leur activité de recherche ( ce qui en soi n'est pas forcément idiot, étant donné qu'on libère des heures pour les enseignants au titre de leur activité, le problème, comme le disait un philosophe de mes amis, est la façon de le faire, qui présente une impossibilité quasiment absolue ) et à moduler la répartition entre recherche et heures d'enseignement en fonction des résultats.
De plus, il s'agit également de réformer les concours de l'enseignement, notamment en les cadrant dans du master ( car, bien que les professeurs des écoles servent à changer des couches, il faut qu'il aient un master pour le faire, cela tombe n'est-ce pas sous le sens sans aucune contradiction ), et en supprimant au passage l'année de formation sur le terrain ( laquelle doit coûter par an au budget de l'Etat a peu près le centième de ce qu'il alloue à des banquiers véreux pour éponger leurs conneries, mais que voulez vous, les cordons de la bourse, comme l'esprit de nos dirigeants, sont étroitement guindés )...

Une enseignante donc, petite femme post-hippie vernie de respectabilité poussiéreuse d'érudition grisonnante, s'insurgeant de ce douloureux état de fait, tint à peu près ce langage: 
"Parce que si on supprime l'année de formation des enseignants du secondaire, ça va être dramatique, et puis avec les suppressions de postes, il va falloir faire des heures sup tout de suite, la première année, alors qu'on aucun cours de préparé et qu'il faut tout faire de zéro. Tenez, moi par exemple, ma première année, j'étais agrégée, ben je devais faire que 15 heures, et ben avec les heures sup, j'en faisais 20 !" 

Misère, misère... Quel triste destin, quelle incurie que le sort du professeur agrégé, qui outre le fait qu'il n'est payé que 30% à peine de plus que ses petits camarades certifiés, doit quand même accomplir la charge horaire exténuante de quinze heures par semaine...
 
Ici que les choses soient claires, car je sens poindre une certaine agitation gauchisante dans les rangs chevelus du fond: Je suis grand partisan du système de cohabitation de l'enseignement et de la recherche tel qu'il existe en France, la question est celle de la survivance de privilèges archaïques. Loin de moi l'idée de me la jouer nuit du 4 août, mais il n'empêche que j'ai pu constater comment certains professeurs d'université usaient et abusaient de leur statut relativement privilégié ( pour certains, l'activité de recherche étant si superficielle qu'elle ne semblait pas avoir débouché sur de plus importantes découvertes que celles, vitale, du bouchon du thermos de café, égaré sous la table la veille ), et il serait juste que ceux-ci soient poussés à rendre des compte ( les professeurs d'université n'étant pas soumis à des inspection soit dit en passant ). 
De même, je ne vois pas en quoi le fait d'avoir obtenu un concours certes très dur, mais dont la visée première est d'ouvrir la voie pavée de marbre de l'enseignement dans le supérieur, justifie le fait de faire quatre heures de moins que les autres ( ce qui est aussi absurde qu'un colonel sans son pot de moutarde... Les meilleurs enseignants devraient être ceux qui enseignent le plus, dans le secondaire du moins ).

Cela dit, une fois encore, je suis probablement un vieux réactionnaire.

Ainsi, dans le but de protéger leur statut ( à juste titre il est vrai ), les enseignants chercheurs dont j'ai pu observer l'évolution dans un milieu contraire à celui, bien plus feutré et livresques, dans lequel ils se terrent habituellement, proposaient différents formes de protestations ( à l'écoute desquels les garde-chiourmes anarcho-syndicalo-idéalistes susmentionnés levaient les yeux au ciel devant tant de répugnance à aller fondre avec ses petits poings serrés sur les hordes capitalistes à la solde des traders de la bourse ), tels que refuser de faire remonter les maquettes des masters au ministère ou, plus extrême encore, de ne pas communiquer les notes d'examens ( cette dernière proposition provoquant deux réaction opposées chez les anarcho-révolutionnaire-adjectifs en o..., dont l'assiduité en cours laisse supposer qu'ils ne sont que trop ravis de voir confisqués leurs résultats de partiels et les étudiants dont l'engagement à des limites aussi étroites qu'une banquette arrière de twingo qui, immédiatement et tels les plus fervents partisans d'Ingrid Betancourt, crient à la prise d'otage ).

Mais après tout, comme le disait une replète fripée enseignant le latin ( après avoir avoué non sans une certaine ingénuité candide qui n'est pas sans rappeler celle de l'immigrée slovène de 16 ans se retrouvant face à un homme nu et tant bien que mal turgescent, elle qui était venue pour le poste de comédienne dramatique, ne pas savoir comment on faisait la révolution: "est-ce qu'il faut que je me revête d'un sac poubelle "en grève" ?" ) en réponse à quelque obscure chevelu qui, non content d'avoir voulu élever le débat jusqu'aux cieux olympiens du sujet du tutoiement ou vouvoiement entre enseignants et étudiants ( "ni dieu ni maître, tous égaux, etc etc" ), leur réclamait un soutien inconditionnel pour porter le feu de la révolution des salles décrépites de l'université et par-delà le monde:

"Que voulez vous, on va quand même pas arrêter de faire cours, pour faire reculer le ministère, si ?"

Non.. non...
La grève et le blocage, c'est bon pour la piétaille...

Il est l'heure, je vous remercie de votre attention. 
Si vous avez des questions, rendez-vous à la machine à café.


Professeur Burp.
Enseignant Cherche-Heures en lutte.




*Désolé, mais Mercadier, c'est vraiment un nom à se faire piétiner et humilier ( cf: "La débauche" de Tardi et Pennac
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Y
Très bon. Dommage qu'on ne se voit pas en chair et en os, j'aurais bien aimé discuter de tout ça avec toi autour d'une mousse.<br /> <br /> PS : j'ai rigolé comme un con pour le coup du désagrégé d'histoire
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