Fesse Bouc...

Publié le par Pierrou

Allez, une fois n'est pas coutume ( quoique ) penchons nous sur un phénomène contemporain et éminemment probématique, dernier avatar de la sociabilité débridée issue de la toile, site populaire s'il en est, dernière Agora d'un peuple en quête de lien social a toute heure et sans contraintes spatiales,


Accusez Facebook, levez-vous !


Allez, debout, feignant...


Bon, alors évidemment, la pose dissertative classique consisterait à énumérer rapidement les qualités du truc avant de le descendre en flamme avec une élégance et une virulence approchant celle du militant socialiste manifestant Rue de Solférino pour protester contre le caractère serré d'une quelconque course de pouliches en tailleur... 

Mais point du tout, na ! 


Bon, évidemment, comme je suis un être profondément vil et bas, quand l'an dernier on m'a dit: "Ouais, vas-y, faut trop que tu viennes sur Faissebouque, alleeeeez !", je répondais d'un air un tant soit peu condescendant ( ptain j'suis con ) que j'étais contre cette forme de flicage intempestif de notre vie privée par le pouvoir anonyme et omniscient d'un Leviathan à figure de Big Brother officiant sur la toile.

Ouais, bon...

Pis un jour, tiens, pour rigoler, j'me suis inscrit. 

Faut dire ce qui est, Fesse-bouc, c'est comme MSN Messenger ( ou Windows Live, ou Microsoft Messenger, ça dépend des versions et de la plate forme, faisez pas les cons ! ), le principe est assez grisant les premiers temps.

Et il faut dire qu'il y a quand même quelque chose d'assez surréaliste. Terrible ! Tu peux rester en contact avec des gens du monde entier, des gens que tu connais et que t'apprécies, ou alors que tu ne connais pas, ou pire, que tu n'apprécies pas, mais tant pis, il faut bien faire du chiffre dans sa liste d'amis pour pouvoir se la péter devant les amis et donner l'impression que l'on est un être à la vie sociale aussi intense que l'action d'un film de Michael Bay ( référence ! ) alors qu'il s'agirait plutôt de la torpeur déprimante d'un film de Jarmusch. 


Il y a là une forme de révolution du lien social, dirait-on pour faire le malin.

Et moi-même, j'ai retrouvé plein de gens perdus de vue. 
Avec lesquels entretiens-je une correspondance régulière ?

Euh, ouais, ça va !

Tas de pisse-froid !

Mais bon, sans aller jusqu'à hurler avec les loups ( ou les teckels ) de la bien-pensance légèrement réactionnaire taxant toute la vie numérique du terme facile d'artificiel, il faut quand même bien reconnaître qu'une partie au moins des relations nouées sur ce genre de plate-formes sociales est un peu superficielle.

Bon, allez j'avoue que je suis pas le dernier à aller jouer au voyeur sur les photos de telle ou telle vague connaissance, posant légèrement avinée dans une soirée avec quelques amis au visage aussi rouge que souriant.

D'ailleurs, vous l'aurez remarqué, c'est incroyable à quel point on se fait des potes facilement, sur Fesse-bouc. C'en est un peu puéril d'ailleurs. "Trucmuche et Machin sont maintenant amis..." 

Imaginez que les éléphants du PS soient inscrits sur Facebook... Je me marre d'avance. "Martine et Ségolène sont maintenant amies."

Tu parles... 


Cela dit, tu me diras, de la superficialité, on en a aussi dans nos relations "directes" ( en parlant trop vite, on parlerait ici de vie "réelle", mais en quoi la relation de vive voix serait-elle moins réelle que celle nouée sur le net ? Evidemment, étant un peu vieux-jeu, j'ai tendance à penser qu'il vaut mieux serrer une jeune femme dans ses bras plutôt que de tenter une action contextuelle sur World Of Warcraft, l'emmener au restaurant plutôt que de lui faire don d'une lame trancheuse de troll niveau 3 – cadeau toujours utile, et de grande valeur, soi dit en passant – mais ça me regarde ).

Pis à la limite, c'est plus facile de cacher le fait que tu n'as absolument rien à dire à un interlocuteur plein de bonne volonté derrière le rempart pixelisé d'un écran.


Bon évidemment, se pose le problème de la surveillance-généralisée-par-cette-instance-inconnue-susmentionnée-qui-nous-opprime-à-l'insu-de-notre-plein-gré...

Il est vrai que quand on voit ce que l'on peut indiquer sur ce genre de plate forme, on peut commencer à claquer un petit peu du fessard... Tiens, puisqu'on parle de fesse, vous l'avez indiquée, vous, votre orientation sexuelle, sur FesseBouc ? 

Et votre parcours professionnel ? Et l'identité de votre conjoint ? Et votre groupe sanguin ? 

La taille du slip on peut pas, cela dit.

Superficialité, j'vous dis ! Un peu de profondeur que diable ! 


Alors évidemment, je me doute que la plupart d'entre vous n'a pas rempli tous les champs du profil Facebook ( si oui, hors de cette page, vite ! qu'on ne sache pas que je te vends sûrement de la coke, ducon ! ), parce que bon, on a un minimum de libre arbitre.


Cela dit, par recoupement, toi ( oui, toi, au dernier rang ! ), tu me laisses cinq minutes et par recoupement avec ton réseau d'amis et leurs informations, je peux dresser un profil complet et l'envoyer à mes chtits copains des R.G... Ou sinon, j'passe par Big Browser Google...


Alors, ça claque là hein ? 



Bon, c'est pas tout ça mais j'ai du travail moi... 


A la prochaine, tas de fripons ! 


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