Mesquinerie quotidienne...

Publié le par Pierrou

Aujourd'hui, chers petits fripons siphyllitiques, parlons d'un sujet fortement imprégné de problématiques sociétales que ne dédaignerait pas Jean-Luc Delarue, à savoir:

La mesquinerie banale et quotidienne telle qu'observée dans des conditions normales et banales.


Alors bon, penchons nous un instant sur les conditions dans lesquelles on a mené cette enquête anthropo-sociologique... On se base donc sur des observations zempiriques, n'est-ce pas, malgré le fait que l'on vivât en démocratie.

Zavez vu ?
Ca fait bien, hein ?
Le vocabulaire, tout ça, ça pète hein ? Parce que je fais de la sociologie maintenant, figurez-vous... Un peu...  'Voyez, c'est comme mentionné chez Bourdieu ou De Certeau dans...

( Oui, je suis pédant et c'est mon choix et je vous emmerde, en plusse... )

Bon, donc plutôt hein...

Chronique de la mesquinerie ordinaire en une après-midi:

Alors, plantons le décor: Nantes, charmante bourgade de la Francie occidentale, un samedi après-midi, mi octobre.

Au fond du trou et de la dépression, alcoolique, obèse, paranoïaque et névrotique, et cédant à l'appel de mes semblables, je me décide à traîner ma couenne jusqu'au centre-ville en compagnie de deux amis dont je ne citerai pas les noms ( je voudrais bien mais ce sont des gens importants, alors j'peux pas te dire qui c'est, ils sont trop importants... ).

Confidence honteuse... Ce jour là, je fus soudain tenaillé d'un instinc irrépressible, d'une pulsion sourde, d'une envie pressante...

Non, pas la tourista, non...

Mais bon, à seize heures ce jour là...


Petite parenthèse: ce soir, sur TéHaiffHun, ya Camping... Grand film intellectuel à la prétention toute aussi  sociologique que cet exposé... Les dialogues, c'est du Audiard, sérieux... c'est Fellini, c'est Jarmusch, c'est dantesque, c'est...

Ouais, c'est un nanard, oui...



Bon donc, on y revient: Seize heures ce jour là, une image me vient devant les mirettes, genre filigrane, superposée à toutes les images de femmes lascives envahissant l'écran de mon ordinateur... Une forme noire, compacte, aux courbes généreuses...

Oui, une PlayStation Portable, oui...

Me demandez pas pourquoi... Je suis un geek, c'est irrépressible, c'est comme ça...

Bon donc, direction le centre ville, avec cette petite excitation libidino-prépubertique me rappelant si délicieusement cette pré adolescence mordorée* dont je passais bien des après-midi arpentant en quadrillage les rues, les allées, les boulevards nantais ( chuis pas très mibile, comme type ), surfant d'une échoppe vidéoludique à l'autre, à l'affut de quelque jeu pour donner à manger à ma Nintendo... Le jeu en soi n'avait pas d'importance, seulement comptait l'assouvissement d'une pulsion consumériste que l'on envisage pas comme telle à l'époque, mais pourtant, pourtant...

Déchéance... Rechute...

J'étais donc mu par cette sourde impulsion, et par la satisfaction presque morbide à l'idée que pour une fois ce fût moi qui allait trimballer mon camarade à travers toutes les boutiques  de la ville... Je suis un être abject et infâme...

Bon donc... T'en fais pas, petit lecteur, le paragraphe "mesquinerie ordinaire" arrive, hein.

Je déambule donc d'un comptoir à l'autre, interrogeant différents adolescents attardés et parfois encore boutonneux sur les possiblités, fonctions zet tarifs de la machine en question.

Seulement, pas de PiHaissPi en vente à l'occasion dans la plupart des magasins. La fermeture des magasins approchants et sentant glisser entre mes doigts boudinés la possibilité d'assouvissement immédiate de mon fantasme technophile, je me résignai à me risquer dans la dernière échoppe... La pire...

Un repaire d'arnaqueurs dont je tairai le nom. Un boui-boui de sinistre réputation et de triste mémoire, dont la seconde spécialité commerciale, outre la vente de produits vidéoludique, semble à n'en point douter être la sodomie à sec de pauvres jeunes acheteurs angoissés et candides ( symbolique, la sodomie, s'entend... )

Alors bon... Tant pis hein, on se risque...

"Bonjour, zavez des PSP en occasion ?"
- "Je crois oui... Une seconde..."
Départ du vendeur dans la pièce du fond. J'en profite pour vous en donner une description. Un petit brun à la peau mate ( mais de toute évidence de souche française, rassurons les racistes... ) affublé d'un pull moulant dans les tons violâtres ( c'est pas pervers, c'est comme rosâtre, mais avec du violet ) et avec une chevelure absolument fabuleuse, rigidifiée par une dose excessive de gel... Le genre de petit con sorti d'une quelquonque école de commerce "du pauvre"... c'est à dire ces écoles au diplômes à faible valeur ajoutée, plus ou moins subventuionnés par l'état et dont la clientèle cible se constitue de jeunes dans le vent désireux de gravir comme ils peuvent les degrés de l'échelle sociale, le degré duquel ils viennent les empêchant d'accéder à cette antichambre de la réussite commerciale que sont les classes prépa commerciales... Ne fait pas HEC qui veut, faudrait pas se laisser envahir par des enfants de pauvres quoi merde !
Oui, bon au final, HEC ou pas, à mon humble avis, les écoles de commerce sont toutes les mêmes chambres noires de la culture, surfant sur cette mode des études rentables et du profit obligatoire...
Passons, disons juste que le vendeur dont il est question, sortant sûrement de l'un de ces instituts de triste renommée, appliquait avec plus d'odieuseté ( néologisme ? ) encore les préceptes acquis pendant sa scolarité.

Bon alors le gars revient.

"Ouais on en a en occase. Je vous les montre ?"

Petit crissement de l'estomac... Point de non retour. On hoche la tête, allez soyons fous !

"Ouais, montrez voir..."

Bon, il me montre deux appareils, dans leurs boîtes tout ça... Je me décide pour l'un des deux.

"Alors sinon, on les vend avec deux jeux."

Sur le moment, point n'ai tiqué. J'aurai du remarquer le haussement de sourcil genre "ben tiens, je m'en serai douté"  de mon camarade...

Finalement, je finis par comprendre le fin mot de l'histoire. Le jeune urbain fashion commercial manager du pauvre tentait de me faire comprendre qu'il était obligatoire, pour remporter le droit  d'acheter la machine, qu'il fallait obligatoirement acheteurs duex galettes de plastoque avec...

Je ne vous cache pas une certaine incrédulité... Un désarroi dont je ne tarde pas à lui faire part:

"Mais euh... comment ça ?
-Ben je les vends qu'avec deux jeux...
- Donc si j'achète pas deux jeux, vous me la vendez pas..."
Hochement de tête affirmatif...

"Euh..." avance-je, conscient de mon insolence "je suis pas sûr de vous comprendre. Et si j'ai pas envie d'acheter deux jeux avec ?"
Le gars ne répond pas directement, mais me fait bien comprendre que tout cas de refus de ses conditions de ventes édictées par son code à lui serait dramatique pour nos affaires.
"Zêtes sûr que c'est légal ?" demande mon camarade, chicaneur de nature...
Evidemment, pas de réponse.
"Ce serait de la vente liée," enfonce-je ( j'aime les inversions sujet verbe, ça fait licence poétique ) "Elle est à vendre, votre PSP, nan ?"
"Ben oui..."
"Ben j'ai l'argent pour l'acheter. Alors si je veux l'acheter avec un, deux, cent ou aucun jeu, c'est mon affaire et vous ne pouvez me refuser la vente."
"Ah ben si vous voulez pêter un scandale dans le magasin", avance l'infâme foutriquet, dans une dernière tentative de résistance à cette force implacable qu'est celle de la rédemption du juste, grande croisade qui comme on le voit, s'exerce jusque dans les Indes Noires des magasins vidéoludiques ! ( Que de lyrisme... Tolkien en serait sur le cul... )

Bon finalement, le gars "accepte" la vente... Trop sympa...

Au dernier moment, son boss vient lui chuchoter à l'oreille... L'autre acquiesce et finalement me tend une console sans sa boite, m'expliquant que celle qu'il m'avait montrée était déjà réservée...
Je ne dis rien. Je ris intérieurement, préférant contempler du haut de mon mètre soixante-dix la petitesse mesquine de ce suppot du grand capitalisme marchand...

En gros, j'accepte, je tends un peu le fion, las de ce combat, je prend la console et j'me casse...

Un exemple parmi d'autres de ces techniques flirtant avec la vente forcée et liée comme le dragueur de boite de nuit flirte avec la minette dont il a repéré le string dépassant du pantalon luisant sous la lumière noire. Imaginez l'atroce destin attendant le porte monnaie d'adolescents trop timides ou trop peu informés de leurs droits et donc contraints d'acheter plus qu'ils ne le veulent, tout ceci pour être conforme aux préceptes quasi divin de l'argent roi et du profit à tout prix.


Mais le chemin ne s'arrête pas là...

Parce qu'après, comme je suis vachement consommateur et influencable, je suis allé au cinéma.

Alors le ciné, vous savez comment c'est... C'est comme la banquise, on en suit l'évolution dramatique quasi en temps réel... Sauf que ya pas de pingouins qui crèvent, juste du maïs qui pète ( à 4,50 euros le petit gobelet ).
Donc le ciné au Golmon(tm) à Nantes, je te plante le décor:
C'est 9,50 euros la place à tarif plein... Quand on y pense quand même... Bon ça fait jamais que deux kébabs ou des courses pour plusieurs jours hein... Que dalle... Hum... En gros, tu paies l'équivalent d'un petit restau ou d'un bon bouquin** le droit de t'asseoir dans une salle pour, bien sûr, regarder un film de qualité variable et surtout, surtout, avoir le droit d'ingurgiter 20 minutes de publicité et autre bande annonces mondialisées... D'ici à ce qu'il soit exigé de tous d'arriver à l'heure pour assister de façon obligatoire à la projection de la réclame (seule partie importante de la séance, que les choses soient claires) il n'y a qu'un pas...
Autre changement aussi... L'an dernier, ô joie, on pouvait lire sur l'enseigne du palace: "Pour vous, Golmon Nantes change de décor"
Pour vous, qu'ils disent...
Je me marre. Au final, tout ce qui change de façon significative est la fusion ( c'est à la mode, dans la finance ) des guichets pour les places et du comptoir vendant de la sucrerie à prix prohibitif... D'une pierre duex coups: plus de ventes assurées par la technique du "avec ceci?" proposé aimablement après que le chaland ait été soulagé du prix de son billet, et réduction de la masse salariale... Ils sont diaboliques...

Arrive au niveau de ce guichet, soit dit en passant, je patiente quelques minutes derrière deux dames d'un certain âge ( entre le "mur" et le "légèrement faisandé" ) achetant deux places. Ces deux femmes, confiantes, exhibent à la vendeuse le fabuleux césame, distribué avec chaque place acheté, permettant un retour "pour 5,5 euros" ( oui, avant c'était 4,5, puis 5, tout augmente ma pauv'  dame ! ).
Réponse contrite de la vendeuse:
"ben nan, 'pas possib, regardez !"

Elle lui montre le coupon, expliquant que la réduction n'est valable que pour assister à certain film français surfant sur une nostalgie à la mode d'une époque que l'on croyait plus humaines et plus heureuse...
Donc oui... Maintenant, tu ne choisis plus quel film tu iras voir... Faut pas charrier hein, quand on est pauvre et qu'on va au ciné à tarif réduit...

Bon, j'ai filé un de mes coupons de réduc aux dames... Chuis un garçon sentimental...

Oui, ça fait un bon tas de coupon de réduction.
Ca aussi c'est marrant. Aujourd'hui, tout le monde ou presque va au ciné à tarif réduit. Bien con celui qui ira payer son billet au tarif "régulier"... Remarquez à la SNCF, c'est pareil.

Drôle de mentalité.
"Chef, zêtes sûr qu'il faut encore augmenter les prix ? On tire pas un peu sur la corde ?"
- "Zavez rien compris au bizness, Mercadier ! Si ya moins d'gens qui vienent, on leur vendra du coupon à tarif réduit, à ces connards ! Comme ça ils viendront autant qu'avant, voire plusse, et puis nous on passera pour des mecs bien. Et comme certains continueront toujours à v'nir nous voir le fion bien écarté pour payer plein pot, on y gagne.
- Ouais, mais patron... Si on baissait tout simplement le prix, ce serait ptet bon, et pour notre image, et pour les ventes, à moyen terme ?"
- "Moyen terme ?" Zêtes viré, Mercadier, viré !


Sans compter qu'en plus de ça, chez Hassan Cehef, les prix évoluent aussi vite que la bourse, selon le taux  de remplissage des trains... Plutôt sympa. Faut être trader pour payer sa place pas cher, et puis comme ça, c'est marrant, toi t'es plein aux as, tu paies ta place 20 euros, alors que la famille de RMIstes à côté a payé le double... C'est beau, le service public...



Voilà pour la mesquinerie ordinaire sociologique du quotidien. Merci de votre attention, à la semaine prochaine, révisez le cours yaura des questions notéees !













* Le choix de l'adjectif est totalement arbitraire et hasardeux... mais ça fait un peu Lord Of The Rings alors...
** Voici une "comparaison intellectuelle tout à ton honneur" dit le camarade susmentionné dans le billet... Il me prend pour un opportuniste, je crois. Mais je lui reverserai 3 euros à chaque lecture.
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A
Si les prix des billets Hassancéhèf est indexé sur la bourse, c'est le moment de prendre le train !<br /> <br /> Tu me dois 3 euros :D
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S
Hé hé, très bonne réflexion le coup de l'exigence plus ou moins imminente que tout détenteur d'une place de ciné soit sommé d'arriver à une heure précise : "Vous avez raté les réclames, désolé, vous ne pouvez pas entrer... comprenez madame, la moitié du prix de reviens de votre place est subventionnée par ces généreuses sociétés, sans elles, point de ciné. Ceci-dit, nous vous proposons de revenir à la prochaine séance à 50% de rabais. Arrivez à l'heure !"<br /> Cynisme quotidien, ouais.
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