"Long time, no see," comme ont dit dans les contrées du ponant où que les présidents encostardés s'extasient sur des patates en forme de coeur dans les talk-shows du soir, mais après tout que voulez-vous, chacun a le droit à ses petites vacances-n'est-il-pas.
Ainsi parlons peu, parlons bien... Je suis outré, choqué, je tremble une fois encore en moi-même...
Je viens de regarder le 20 heures de France 2, cette grand messe cathodique de la coupable complaisance envers le pouvoir avec un grand pet d'une télévision publique sous muselière dont la liberté de ton ferait sourire la plus étriquée spikeurine à la retraite de feu l'ORTF... Et je vous le dis, c'est du plagiat !
Et inutile de préciser que je n'aime pas les voleurs et les fils de pute, comme disait l'autre*
Parce que bon... L'autre soir, sacrifiant à cette pulsion consumériste bien honteuse qui pousse de façon irrépressible la jeunesse même pas dorée de France et de Navarre (rien à voir avec un célèbre commissaire Paoliniesque) à aller s'encanailler dans des endroits divers et variés pour oublier l'espace d'un instant ses rattrapages, les parents-que-c'est-des-cons, les bourses qui n'arrivent pas, le chômage ou encore le coup de fil-insistant-de-la-greluche-de-la-semaine-dernière-en-boîte-qui-dit-qu'elle-a-du-retard-la-conne (rayez la/les mentions inutile(s), celui qui ne raye rien gagne un Snickers), j'ai donc été au cinéma, et ce afin de zieuter avec tout le confort moderne le dernier demi-kilomètre de pellicule de SF sorti "nos écrans" comme on dit (alors que c'est con, c'est même pas les nôtres... Essayez de pisser sur l'écran du Golmon d'à côté, pour voir...).
Pas mauvais comme film, d'ailleurs. Le début notamment commence très bien. Une fois de plus, les aliens ont débarqué sur terre mais, ô, joie, cette fois-ci, ils ne sont pas venus pour nous maraver la djeule, ni pour nous dire qu'on est des cons, non... Ils ont juste coulé une bielle sur la route du boulot (le secteur de la construction navale n'est pas partout en crise, ouvriers Nazairiens ! J'ai ouï dire que sur Beltelgueuse CX-29 notamment... enfin passons). Et puis tiens, second truc inhabituel, ils n'ont pas décidé de s'arrêter à New-York, ni même aux Etats-Unis (point sur lequel le film lui même insiste avec une délicieuse ironie), mais au-dessus de Johannesburg, ce qui fait que le paysage du film est constamment marqué par la forme léviathanesque de ce gros vaisseau tout moche qui flotte au-dessus des bidonvilles.
Et donc, l'idée du truc, 'voyez, c'est que les humains qu'ils-sont-toujours-un-peu-cons ont parqué les "crevettes" (ben oui, les aliens, c'est moche, c'est comme ça. Comme le disait un internaute que je soupçonne d'être un peu cul-bénit sur le site du Monde hier, c'est bien la preuve qu'on est les créatures parfaites, puisqu'on ne peut imaginer plus beau que nous, ce à quoi je réponds que la beauté, comme l'existence de Dieu, est une question de poing de vue, mais bon) dans un Township bien crade bien glauque, avec une palette de couleur donnant à l'ensemble un petit côté jeu-de-guerilla-urbaine-sur-Playstation-3...
Un malheur n'arrivant jamais seul, en plus d'être parqués, le petit million de crevettes installé-là est régulièrement harcelé par une méchante compagnie (les compagnies multinationales sont, dans le cinéma mondialisé, toujours méchantes... marrant) qui veut s'approprier leur technologie de jolis flingues qui font exploser les méchants – précisons qu'une bouteille de soda et un tube de mentos produiraient le même effet à moindre coût, mais là encore je dis "graisse" – et qui, histoire de leur foutre la pression et de faire taire l'opinion qui gueule, décide de les expulser pour les reloger dans un camp de concentration plus loin.
Ceci donne lieu à ce qui est peut-être la meilleure scène du film, passage de dix minute où la caméra façon documentaire/reportage suit les pas bien proprets d'un Afrikaner au nom imprononçable car d'origine un peu voire vachement batave qui s'acquitte de sa mission avec tout le zèle du Kapo Nazi un matin d'hiver au milieu de la cour du camp de Matthausen. Injustice, bureaucratie aussi tatillonne que d'apparat et brutalité policière au menu, un morceau bien réussi.
Et puis voilà t'y pas qu'au 20 heures tout à l'heure, je me suis rendu compte que les équipes de journaleux de France 2, TF1, LCI, ITélé et consoeurs s'étaient toutes données le mot aujourd'hui pour copier cette scène du film !
Je vous jure, on a tout eu, les aliens réfugiés qu'ils-ont-rien-à-foutre-chez-nous-dit-le-bon-peuple, la brutalité, le mépris, la caméra qui bouge, les expulsions tout ça ! Tout repompé je vous dis !
Alors bon évidemment... On est en France, et en France on a pas des masses de caillasses pour faire du grand spectacle. En fait de milices armées et de militaires grave classe, il s'agissait de nos vaillants officiers de police et CRS. A la place de la chaleur étouffante de Soweto, la production a du, faute de crédits probablement, se contenter des alentours de Calais, et comme je suppose que le maquillage et les prothèses latex sont chères, ce sont à des gens pas franchement louches quoique franchement basanés qu'on a confié le rôle des visiteurs-venus-d'alleurs...
Sinon, tout pareil je te dis, tout pareil !

image: ciné-tv.fr image: lemonde.fr
Ah les salauds....
* Si tu ne sais pas qui est l'autre, jeune teckel plein de fougue et d'ignorance, va regarder la "Classe Américaine" sur Ioutioube et reviens quand tu seras calmé.

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